Publié dans Ptitdeuz, Vie de maman en construction

Comment parler de la mort aux enfants

En novembre, la covid a emporté le grand-père de mon chéri, autrement dit l’arrière grand-père de mes fils. On le voyait très régulièrement et en même temps que ma propre peine, je me suis retrouvée un peu perdue face à la façon dont je devais/pouvais aborder cet évènement avec mon fils. Les mois ont passé et si je peux aider d’autres parents face à ce moment douloureux, à la façon dont nous l’avons abordé…

Montrer sa tristesse

Je ne me doutais pas que c’était un sujet si clivant. Dans mon esprit, quelqu’un meurt, on est triste, on montre sa tristesse à ses enfants sans hésiter. Pourtant en en parlant avec des proches, des connaissances, j’ai compris que ce n’était pas si évident. Beaucoup de parents ont peur de traumatiser leurs enfants, que la tristesse soit trop difficile à supporter. Bien que je comprenne ce point de vue et ne voulant pas faire de mal à mes enfants, ils méritent de savoir, de pouvoir comprendre.

Quand j’avais l’âge de fiston (5 ans), ma première découverte de la réalité de la mort a été la disparition de l’une de mes arrières grands mères maternelles. Mes parents ont sûrement été très tristes, surtout ma mère qui était très proche d’elle, mais ils ont décidé de me le cacher. Je me souviens les avoir épié dans l’escalier quand ils téléphonaient pour savoir si il l’avaient au téléphone. Je demandais souvent comment elle allait. D’un coup cette personne que l’on voyait régulièrement et dont on parlait souvent à table n’était plus évoquée. Mais je sentais que quelque chose clochait, qu’il y avait quelque chose. A force d’insister ils m’ont avoué son décès, sans rentrer dans les détails, juste en disant qu’on ne la verrait plus. Je ne me souviens plus des questions que j’ai posé ensuite car cela me suffisait à l’époque.

Et vous savez quoi ? ça peut paraitre glauque en tant qu’adulte mais à ce moment dans ma tête d’enfant j’ai été soulagée. Je ne me posais plus de questions, je savais, on m’avait dit. Par la suite les décès de mes arrières grands-parents se sont enchainés et j’en ai un souvenir beaucoup moins angoissant car les adultes autour de moi ont montré leur chagrin, j’ai vu des larmes couler. Certes ça me rendait triste mais justement de voir les autres tristes aussi me paraissait logique.

Détails/ pas détails

Sur ce point c’est vraiment très personnel. Cela dépend aussi beaucoup de la manière dont le décès s’est produit, de qui il s’agissait…Sans rentrer trop dans les détails il est important de nommer, de ne pas juste dire que la personne est partie au risque que l’enfant prenne cette affirmation au pied de la lettre et attende son retour, même sans nous en parler. Pour fiston on lui a dit que papy était mort d’une maladie, qu’il était âgé, que son corps était trop fatigué.

Si le décès intervient par exemple dans un accident, là aussi sans tout décrire (ce qui en effet pourrait être fortement traumatisant), il ne faut pas hésiter à dire qu’il s’agit d’un accident, il le saura un jour et l’apprendre au détour d’une conversation peut être nettement plus angoissant.

Là encore mon expérience perso…J’avais 6 ans et mon autre arrière grand-mère maternelle, qui avait 96 ans à cette époque, a été prise d’un saignement de nez devant moi. Je venais d’insister pour qu’elle joue à un puzzle avec moi, ce souvenir est extrêmement vif dans ma mémoire. A ce moment ma grand-mère lui a dit d’aller se reposer. Mon père est venu me chercher et le lendemain j’apprenais le décès de cette arrière grand-mère. Aucune explication. J’ai cru pendant des années que c’était ma faute, que si je l’avais laissé tranquille rien ne serait arrivé.

Les questions

Avec l’annonce d’un décès viennent les questions, certaines un peu improbables voire amusantes. Fiston à 5 ans est forcément très demandeur d’explication et se fait tout de suite des films dans sa tête. Donc la première question a été « et vous allez mourir aussi ? ». ça m’a fait mal mais c’est inévitable. On a alors expliqué que oui, un jour, mais que pour le moment nous étions en bonne santé et qu’il n’y avait pas de raison de s’inquiéter. Malgré tout c’est une question qui a été très présente pour lui pendant des semaines…à savoir comment il ferait si nous mourrions, comment il était possible de vivre sans ses parents. Et clairement il y a des questions auxquelles je n’ai pas su répondre parce que je ne sais pas, et je lui ai dit. Je pense qu’il est primordial d’accompagner les interrogations sans pour autant vouloir tout expliquer. Papa et Maman ne savent pas tout, loin de là. On a aussi eu droit à « papy il mangera quoi maintenant ? il peut nous voir ? ».

Des ressources

Le sujet de la mort est extrêmement pénible à aborder dans le sens où il est aussi perturbant pour nous, plus ou moins selon les personnes. On a peur de trop en dire, ou pas assez. De dire des mots trop durs ou trop abstraits. Alors pour nous aider nous avons voulu des ressources extérieures, des livres principalement. J’avoue que j’en ai trouvé très peu qui me convenaient car j’en ai trouvé beaucoup soit très abstraits soit beaucoup trop directs (dans l’un en voyant « toi aussi tu mourras un jour, tu ne seras plus là », je savais que pour fiston qui est très sensible, ç’aurait été trop difficile).

Finalement le plus efficace ici a été La Mort aux éditions Milan (3/6 ans). Certes il est assez direct et peut-être un peu trop complet (différence entre enterrement en terre et crémation notamment…) mais il a le mérite d’aborder justement toutes les questions qu’une simple annonce peut faire naître chez un enfant et auxquelles on aurait pas forcément prévu de répondre.

Pour le côté plus imagé, un poil moins violent, on a pris Au revoir Blaireau chez Gallimard Jeunesse. Le fait que ce soit plus imagé est un bon complément même si seul je n’aurais pas trouvé ça suffisant. Cette mise en abyme (les animaux perdent l’un des leurs, sont tristes…) est parfois finalement plus parlant chez les enfants qui baignent dans cet univers. La preuve fiston a beaucoup et aimé et a très bien compris, sans pour autant que ça lui déclenche une crise de larme, ce qui n’a pas été mon cas…car de mon côté j’ai vu tout ce que ça impliquait pour les autres animaux, les sous entendus…j’ai pleuré comme une madeleine.

Une étape

Parler de la mort est pour moi indispensable. Pour parler du début d’une histoire il faut aussi parler de la fin, pour connaître ce qu’est le bien il faut parler du mal, le froid pour le chaud, bref vous avez compris l’idée. L’âge de l’enfant entre évidemment en jeu ainsi que sa sensibilité. Dans quelques semaines je vais devoir recommencer le processus même si ce sera encore différent… Quelqu’un que fiston ne voit qu’à la maison de campagne de ma grand-mère mais qu’il aime beaucoup vient de décéder. Même si ce n’est pas une personne qui fait partie de son quotidien je sais que ça va être difficile, comme ça l’est pour moi.

Se souvenir

Pour finir il est tellement essentiel de se souvenir. Pas forcément tout de suite si la douleur est trop vive, mais après ressortir les photos, évoquer les bons moments. Avec fiston nous avons regardé des photos de son arrière grand-père, certaines récentes et d’autres plus anciennes, de sa jeunesse. ça a beaucoup amusé fiston et ça lui a fait plaisir d’imaginer que oui lui aussi avait été bébé et enfant il y a « trèèèèèès longtemps. au temps des dinosaures » selon ses propres dires :p.

J’illustre avec une photo de leur autre arrière grand père, mon grand père, qu’ils n’ont donc jamais connu vu qu’il est décédé il y a 15 ans bientôt…

Quand le chagrin persiste

Sur le coup nous n’avions pas fait le rapprochement car fiston n’a pas pleuré, pas manifesté d’anxiété, et naïvement nous avons pensé que ça ne lui avait pas fait grand chose. Et pourtant c’est à ce moment qu’il a développé un tic anxieux en se raclant la gorge et en toussant. Au début j’ai cru à un rhume mais on sentait qu’il se « forçait sans se forcer » c’est difficile à expliquer. Il y a sûrement plusieurs choses qui ont mené à ce tic mais ça a commencé pile au décès du papy. Je pense que ce n’est pas forcément le décès en lui même qui peut déclencher ce genre de chose mais tout ce que ça implique comme réflexions angoissantes et comme imaginaire dans l’esprit de l’enfant. Il transpose les évènements à tout son quotidien et ça peut vite devenir invivable. Sur ce point là c’est parti tout seul au bout de 4 mois mais il ne faut pas hésiter à consulter un psychologue, nous en avons vu une il y a peu pour un autre soucis et j’ai senti que parler comme ça lui avait fait beaucoup de bien. Juste être écouté par quelqu’un d’autre que nous, qui impliquons trop de choses pour lui.

Cet article est un peu fourre-tout sur le sujet mais j’avais besoin de faire part de notre expérience car je trouve que gérer ça vis à vis de son enfant est assez déstabilisant et inédit. ça n’a rien à voir avec la manière dont on gère notre propre deuil. N’hésitez pas en cas de questions ou à faire part de vos expériences sur le sujet !

Maman en chantier

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Déjà 13 ans mon papy…

Des soirs et des soirs à nous engueuler pour faire mes devoirs. Des pleurs pour ne pas te réciter mes tables de multiplication, des hurlements pour regarder encore un peu les Minikeums. Et puis ce jour de juin, où j’aurais donné beaucoup pour pouvoir t’entendre encore me crier dessus…

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